1 - La garde
« Alors que le premier flocon tombait, on l’entendait chuchoter les secrets d’un conte hivernal prêt à commencer…
Ce conte des temps anciens revenait comme un doux souvenir à chaque fin d’année, nous remémorant un amour passionné.
Jadis, cet amour était né, au cœur de l’hiver. Une passion bénie du ciel et de la terre. Celle qui unit les êtres destinés, celle qui réchauffe l’âme et le corps quand chante le vent des glaciers.
Cette histoire que l’on entendait aux premières gelées, lorsque le calme froid se répandait pour nous donner une nature argentée, nous berçait encore en ce soir de décembre. Les petits et les grands enfants écoutaient alors, ensemble :
L’histoire d’un amour infini… Entre une princesse et son âme-sœur, des partenaires interdits. »
Illyanna
Face à la fenêtre de ma chambre, j’observe le village en contrebas. Je le contemple régulièrement, envieuse de la joie et de la fête qui y règne souvent, de jour comme de nuit.
Il fait déjà nuit depuis quelques heures, même s’il n’est pas si tard. La lumière de la lune reflète sur le givre qui se forme sur les toits des petites maisons. On pourrait croire qu’elles sont vêtues de milliers de petits diamants scintillants.
L'atmosphère est très calme, ce soir.
C’est un calme paisible. Celui qui nous berce et nous donne envie de nous enfouir sous les couvertures, auprès du feu. En laissant nos yeux admirer la nuit froide de nos montagnes.
« Alors, songeuse ?
- Oh, Guisella… Tu m’as fait peur…
- Hahaha ! C’était le projet, oui !
Encore assise devant la fenêtre pour guetter l’arriver de votre prince charmant ?
Allez, princesse, c’est l’heure de vous préparer pour la nuit. Avez-vous suffisamment dîné ? Je vous ai trouvée bien pensive, à nouveau.
- J’ai mangé à ma faim, oui.
Et pas de prince en vue. Juste une belle soirée de décembre pleine d’étoiles. Ça me rappelle les histoires que tu me racontais quand j’étais petite. Les contes d’hiver, tu te souviens ?
- Bien sûr. Vous avez toujours aimé l’hiver, et j’espère que ces jolis contes y sont pour quelque chose. J’y mettais tout mon cœur.
- J’aimerais beaucoup en entendre un ce soir, tu veux bien ? Ça fait si longtemps que je ne les ai pas entendus… Et c’est une soirée propice, je pense qu’il va neiger cette nuit.
- Je le crois aussi. Eh bien… Venez donc vous asseoir ici, je vais m’occuper de vos nattes. Mais avant que je ne commence à vous conter quoique ce soit, vous allez me confier ce qui vous tracasse autant. »
Guisella tapote sur le dossier de la chaise, pour m’inviter à m’installer devant la petite table en bois sombre, pourvue de mon miroir orné de filaments argentés entrelacés. J’obéis, et prends place.
Chaque soir, c’est le même petit rituel. Une toilette après le dîner, et Guisella vient natter mes longs cheveux bruns pendant qu’on discute de choses et d’autres, avant le coucher.
Guisella s’occupe de moi depuis que je suis enfant. J’ai presque vingt-trois ans, maintenant, et j’affectionne toujours autant sa compagnie. Mère est tombée malade quand j’avais huit ans. La perdre a été une terrible épreuve, et Guisella fut un précieux refuge pour ma peine immense…
Père n’a jamais vraiment su comment me consoler. Il est très protecteur et veille à ce que je ne manque de rien, mais il n’est pas à l’aise avec les émotions de manière générale. Je n’ai aucune idée de comment lui, a vécu sa peine. J’ai parfois essayé d’en parler avec lui, d’échanger quelques souvenirs de Maman, mais il a toujours cherché à changer de sujet.
Mon père est le roi de la terre des hommes de Nevaria.
Notre royaume est vaste et boisé, avec de nombreux massifs montagneux. C’est une belle terre fertile luxuriante en été, mais très rude en hiver. Le château de Nevaria est placé sur un des plus hauts col, au nord du pays, et domine le royaume. Nous avons donc pour habitude ici, de traverser des froids hivernaux et des blizzards redoutables. Néanmoins, ce qui pourrait ressembler à une période pénible et éprouvante ravive au contraire notre besoin de solidarité, de communion avec nos semblables afin de pouvoir veiller les uns sur les autres. Le château se prépare donc comme chaque année à ouvrir ses remparts pour accueillir les plus démunis du village qui peinent à se chauffer.
« Alors, votre grâce… qui y’a t’il ? Parlez donc à votre chère Guisella.
- Oh… eh bien… C’est toujours la même chose, tu sais. Je ne comprends toujours pas pourquoi Père est aussi hostile avec les loups. Ils nous sont très précieux, nous leur devons beaucoup.
- Peut-être est-ce justement la raison, ne pensez-vous pas ?
Les loups-garous sont une espèce à part, bien différente de nous. Ils sont… rustres, brutaux, instinctifs… De véritables bêtes, la plupart du temps ! Contrairement à nous, humains, qui sommes plus mesurés, plus réfléchis. Nous savons être précis, minutieux… Alors que la finesse ne fait pas partie de leur nature, c’est évident ! Mais ils font de parfait soldats. De très bons combattants, et ils ont un attrait pour l’union et la fraternité.
C’est grâce à eux, si nous sommes plus solidaires. Nous avions plutôt tendance à nous déchirer les uns les autre, avant qu’ils ne s’en mêlent.
Quoiqu’il en soit, princesse Ilyanna, après de multiples guerres inter-espèces qui n’ont mené qu’au chaos, nous avons choisi la cohabitation. Les loups n’ont jamais souhaité la destruction de l’espèce humaine. Votre grand-père avait tout intérêt à accepter leur main tendue. Aujourd’hui, nous bénéficions de la paix, et nous avons appris à tirer profit de notre cohabitation. Ils n’étaient pas obligés de nous offrir une garde telle que la nôtre. La garde royale unique dont nous profitons aujourd’hui est un cadeau inestimable.
- Mais alors, justement ! Nos gardiens sont si dévoués, heureux de nous protéger, et sont si modestes dans leurs demandes quand on leur propose des vivres… Je ne sais pas ce que nous ferions sans eux, surtout pendant nos hivers accablants. Moi, je leur suis reconnaissante et je n’arrive pas à comprendre pourquoi Père est aussi… froid avec eux. Il les considère à peine, c’est fou…
- Oh, les hommes sont compliqués, votre grâce.
Les loups ont un aura très dominant. Subir leur aura dans son propre château quand on est roi.. ne doit pas être si simple. Soyez indulgente, votre altesse, chacun rencontre ses propres difficultés. Le roi n’est peut-être pas particulièrement enchanté de la proximité d’avec les loups, mais il est parfaitement conscient de leur nécessité pour la prospérité de notre royaume.
Ne vous tracassez plus de cela.
- Soit…
Godrum est tout de même bien bon de supporter l’aigreur quotidienne de Père sans sourciller.
- Godrum est un Alpha proche de la retraite. Il prend cela avec amusement, il sait qu’il est inutile d’en tenir compte, et c’est très sage de sa part.
D’ailleurs, notre bienveillant chef de la garde royale va bientôt céder son titre d’Alpha. Sa petite meute que forme notre garde rapprochée va bientôt fêter la passation.
- C’est vrai, j’en ai entendu parler.
- Ah oui ? Ils sont pourtant si discrets.
- Crysta accepte de répondre à mes questions, par moment.
- Aah… notre Crysta est une brave louve si fière d’accomplir son devoir… Elle vous aime beaucoup.
- Parce que je ne leur suis jamais hostile… Jamais. J’aime pouvoir les remercier de leur aide. La reconnaissance et le partage sont toujours fructueux et vertueux.
- Exactement, c’est ce que je vous ai toujours appris.
Savez-vous qui prendra le titre d’Alpha à la place de Godrum ?
- … Arès.
- Hahaha… Je vois que Crysta est aussi fière d’annoncer que son frère va accéder à ce noble titre.
- Pourquoi Arès ? Il semble si… Sérieux… et… concis.
- Arès est un loup gardien au gène Alpha, il était logique pour nos gardes royaux de léguer ce titre de façon légitime. Il sera parfait dans ce rôle, comme la nature l’a prévu.
- J’imagine…
S’il pouvait être un peu plus chaleureux…
- Il est encore jeune. Il n’est pas encore dans sa trentième année, il doit certainement prendre la mesure de la place qui va lui être confiée. C’est une très grande responsabilité qui pèsera sur ses épaules. Il lui faudra un peu de temps, voilà tout !
- Tu es si compréhensive avec tout le monde… On trouve tous grâce à tes yeux, c’en est presque agaçant !
- Oh, rassurez-vous, je peste encore chaque jour contre cet abruti de cuisinier prétentieux et misogyne qui ne mériterait qu’un coup de poêle à frire sur le crâne !
- Hahahaa… Merci, tu n’es finalement pas si angélique, et c’est rassurant… Hahahaha…
- Je vous fait confiance pour garder mon secret, il pourrait bien user de son influence pour me nuire ! Ce bourricot.
- Jamais. Il aurait affaire à moi, et je n’aurais aucun mal à me servir d’une poêle à frire, ou pire encore, je sommerai Arès de lui botter le train.
- Hahaha… Allons, allons. N’allons pas créer de querelles au sein du château.
- De toute façon, les loups opteraient plutôt pour la médiation que pour le conflits. C’est fou comme la nature est bien faite. Ils sont conçu comme de parfaites machines à tuer, mais sont encore plus pacifiques que le plus pacifique des humains…
- C’est instinctif, ça aussi. La protection et la préservation de la nature est un besoin profondément ancré en eux. Ils incarne l’ordre dans la bienveillance. Nous sommes des créatures de la nature tout comme eux. Ils se sentent investi d’une mission quant à notre sérénité comme de la leur. Ce sont peut-être des êtres un peu plus primitifs, mais ils ont une autre forme d’intelligence qu’il faut saluer.
- Tout à fait… Je suis tout à fait d’accord avec ça. Malgré ce que tu dis à propos de Père et l’indulgence que je devrais avoir à son égard, je crois que je ne cesserai jamais de déplorer son comportement envers eux.
- Ah… Vous lui causez déjà assez de soucis en écartant les prétendants qui se présentent à vous depuis un long moment, maintenant. Il ne manquerait plus que vous vous mettiez à lui faire la leçon. Je vous le déconseille, votre altesse, même si c’est dans un but bienfaisant.
- Oh, ne m’en parle pas… Jusqu’ici, vraiment, ils ne me font pas rêver du tout, ces prétendants. Je suis sûre qu’au fond, Père était d’accord avec mes refus. Je sais que je dois faire des compromis quant à ce mariage arrangé, mais je n’irai pas jusqu’à me lier à n’importe quel individu.
- Soit. Mais souvenez-vous que votre père vous a posé un ultimatum.
- Je l’ai en tête, bien sûr. Je dois avoir choisi un honnête homme pour mari avant mon vingt-cinquième anniversaire. J’ai encore un peu de temps devant moi.
- Le roi s’impatiente déjà, princesse. Ne prenez pas cette date pour échéance, car cela viendra vite et alors vous n’aurez plus le choix. Plus tôt vous lui ôterez ce souci, et mieux ce sera.
- C’est facile à dire… lorsqu’on n’est pas à ma place.
- Ne vous méprenez pas, très chère, mon seul souhait est de vous éviter la colère du roi et un mariage malheureux. Le titre de reine vous attend. Un mari doux et affectueux est bien suffisant pour votre avenir et celui de votre royaume. Ne soyez pas si difficile…
- Je ne me trouve pas difficile… C’est simplement que… Je ne sais pas, je ne ressens vraiment aucun enthousiasme, jusqu’ici, avec ces propositions.
Je préfère attendre encore.
- Je le concède, mais sachez que les prétendants que vous refusez choisissent une autre union et n’attendent pas. Vous ne pouvez revenir sur votre décision, après chaque refus.
- Mmh… Je sais, oui. Je tâcherai de prendre plus de temps à la réflexion, pour les prochaines fois…
- Bien. Vos nattes sont terminées.
- Merci. Alors… ce conte d’hiver ?
- Ah ! Bien sûr…
C’était une paisible nuit d’hiver… »
Chers lecteurs, pour rappel, cette histoire n’est désormais plus disponible en intégralité mais en extrait (les 5 premiers chapitres).
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Après l’avoir laissée une année en totale gratuité, je m’accorde une chance en auto-édition.
Merci de votre compréhension 🙏