Chapitre 1 : Une rencontre pas comme les autres
~ Erika ~
Je pénètre dans le bâtiment en remontant l’anse de mon sac sur mon épaule, le cœur léger. Une nouvelle journée de travail commence et comme à mon habitude, j’ai la patate. Je prends l’ascenseur pour rejoindre le 189 752 349 363 221ème étage de l’immeuble. Bon, j’exagère un poil, ce n’est que le trentième étage, mais ça semble long, surtout lorsque la seule personne qui ne vous accepte pas est à vos côtés. La femme, d’une trentaine d’années, Émilie Taylor, croise les bras sous sa poitrine et me fixe avec un air dédaigneux. Elle glisse ses doigts dans sa chevelure, tentant sans aucun doute de les lisser davantage. Tout à coup, elle se pince le nez en s’adressant à moi :
- Il y a une drôle d’odeur ici. Tu viens de sortir les poubelles, non ?
Les portes s’ouvrent sur ses ricanements grotesques alors qu’elle roule des hanches jusqu’à son bureau. Je commence à en avoir plus qu’assez de son comportement... Elle mérite une petite leçon. J’approche à mon tour de l’open space et m’installe à mon propre bureau.
- Va me chercher mon café, m’ordonne alors Émilie la garce.
Je retiens un profond soupir et me lève bien sagement en me dirigeant vers la salle de repos. Alors que je prépare le café, une idée saugrenue me passe par la tête. Je me mords la lèvre tandis que le petit diable sur mon épaule sautille. Lui, il est fou et prêt à rendre la monnaie de sa pièce à la maléfique Émilie.
Je prends un sucre et le plonge dans le breuvage et attrape une touillette, ma conscience me titillant toujours.
- Erika, petite coquine ! Je te cherchais partout.
Je sursaute, n’ayant pas entendu mon amie, June Andersen ouvrir la porte et entrer dans la pièce.
- Tu veux que je meure ou quoi ? J’ai failli avoir une crise cardiaque.
- Tu m’as mise sur ton testament ? Demande ma meilleure amie à la peau chocolat.
- Non, pas encore, je m’esclaffe, alors tu ferais mieux d’éviter de me tuer tout de suite.
- Hum... dommage.
- Pourquoi me cherchais-tu ?
- Mme la cheffe te réclame illico presto. Elle se demande si tu n’as pas chié son café ou un truc du genre. Elle grommelle à qui veut l’entendre que tu es une bonne à rien et que si tu ne reviens pas dans moins de deux minutes, elle te virera.
- Elle ne peut pas faire ça ! je m’offusque.
- Si, elle couche avec Preston Wilcox, je te rappelle.
Je grogne et récupère la tasse et me dirige rapidement vers les bureaux. Toutefois, June me stoppe. Elle sort un petit sachet de sa poche, déchire le haut de l’emballage et verse le contenu dans la tasse. Je l’interroge du regard alors qu’elle affiche un grand sourire malicieux.
- Tu me remercieras plus tard, affirme-t-elle avec un clin d’œil.
Mon front se plisse, mais le petit diable sur mon épaule, lui est ravi. Quoi que soit cette poudre, elle aura sans doute un effet sur ma supérieure qui risque de me plaire malgré tout. À bas les remords, c’est la tête haute que je dépose la tasse sur le plan de travail d’Émilie. Elle m’adresse à peine un regard et ne me remercie même pas. Je lisse alors ma jupe et retourne au travail.
Le reste de la journée se déroule comme à son habitude. Je m’occupe d’une petite rubrique dans le journal, mais je m’en satisfais pour le moment. Il est presque 19 heures lorsque je m’apprête à partir. Je range mes affaires lorsque Preston, le sous-directeur du journal me demande de venir dans son bureau. Mon rythme cardiaque accélère en même temps que mon cœur bondit dans ma poitrine. Ça y est... Je vais être virée...
Je prends mon courage à deux mains et me dirige au 33ème étage, mes talons claquant sur le sol. Durant le trajet, mon cerveau tourne à plein régime, cherchant des prétextes ou des justifications pour ce que j’ai fait. Toutefois, rien ne me vient. Je frappe à sa porte en inspirant une grande bouffée d’air frais.
- Entrez.
La voix grave de Preston résonne et je tourne la poignée avant de pénétrer dans le grand bureau. Il redresse la tête à mon arrivée et m’invite à m’asseoir dans l’assise en cuir qui fait face à son grand bureau en verre.
- Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Erika. Vous êtes novice dans ce journal, mais jusqu’à présent, nous n’avions pas eu à nous plaindre de votre travail.
Ma respiration s’arrête et je me fige. Le tambourinement dans ma poitrine s’accélère et j’ai le sentiment que Wilcox pourrait l’entendre.
- Je peux tout expliquer, je -
Le sous-directeur lève la main pour m’arrêter avant de croiser ses doigts en posant ses coudes sur le bureau.
- Laissez-moi terminer, Erika.
Je hoche la tête pour confirmer et il reprend :
- Vous avez sans doute entendu parler de l’interview exclusive que nous avons obtenue auprès du manager d’Alec Jonson. Il s’avère qu’Émilie ne pourra pas s’en charger elle-même car elle a des petits soucis digestifs.
Je rougis de honte, attendant la sentence finale qui ne tardera pas.
- Nous sommes obligés de trouver quelqu’un pour la remplacer au pied levé. Malheureusement, vous êtes la seule personne disponible demain pour effectuer l’entretien.
Ma bouche s’ouvre en grand. Je pensais que je serais réprimandée pour avoir donné un café empoisonné et voilà que je me vois catapulter en tant que “vraie” journaliste. Jusqu’à présent, en tant que junior dans la profession, je n’ai relayé que des petites informations par-ci et par-là, mais là, c’est un rêve. Et quel rêve ! Alec Jonson ! Waouh, je suis déjà tout excitée à l’idée de le côtoyer durant quelques heures. C’est mon idole ! J’ai même sa photo en fond d’écran sur mon téléphone. Et puis, il est canon ! Des cheveux blonds, lisses et sans doute soyeux. Une peau laiteuse que l’on a envie de caresser, un torse glabre et musclé, des tablettes à faire fondre et des yeux d’un bleu azur qui invite à se noyer.
Je me retiens de sautiller et tente d’afficher un visage neutre alors que mon cœur effectue un tas de cabrioles dans ma cage thoracique.
Wilcox me tend alors des documents. Je les attrape et le parcours des yeux. Il s’agit des questions qu’avait prévu de poser ma supérieure lors de l’entretien avec Bélial alias Alec Jonson, l’acteur le plus en vue de “Dreamers Chronicles”.
- Voici ce dont vous aurez besoin pour l’interview. Suivez-le bien à la lettre et ne prenez pas d’initiative. Les questions ont déjà été envoyées au manager de la star et il les a toutes validées.
J’acquiesce d’un hochement de tête, l’air sérieux alors que tout en moi, continue de crier. Alec ! Alec ! Alec !
Mon petit diablotin et mon petit angelot secouent les pompons en signe d’encouragement et de victoire. Je devrais penser à remercier June. Si elle n’avait pas mis cette poudre dans le café, je n’aurais pas eu cette occasion. À moins que ça n’ait rien à voir. Après tout, je ne sais pas ce qu’elle a mis dedans.
Je suis assise sur une chaise inconfortable dans la loge de M. Jonson. Je lisse une énième fois la jupe crayon que je porte et relis mes notes, pour m’imprégner de la future atmosphère.
Oh mon Dieu, je suis tellement stressée ! soupiré-je.
Mes mains sont moites et mon stylo se fait la malle. Il roule jusque sous la console. Je dépose mes notes au-dessus avant de m’accroupir et tendre le bras pour attraper ce satané objet. Toutefois, il a glissé si loin que je suis dans l’obligation de remonter ma jupe sur mes cuisses afin d’avoir plus de leste et de me cambrer davantage, les fesses en l’air. C’est ce moment-là que choisit mon acteur préféré pour entrer la pièce. J’entends simplement le cliquetis de la porte lorsque j’atteins enfin mon objectif.
- Tiens, c’est bien la première fois que je suis accueilli ainsi dans ma loge, fait une voix railleuse derrière moi. À qui donc appartient cette jolie culotte aux motifs de chats ?
Je sursaute, me cogne contre la console en hurlant presque ma douleur. Un rire profond résonne tandis que je me relève de sous le meuble, stylo en main, les cheveux en bataille, endolorie et empreinte d’une honte sans nom. Non seulement, il a aperçu ma culotte, mais en plus, il s’agissait de LA culotte porte-bonheur. Cette dernière, aux motifs de tête de chat Hello Kitty est revêtue pour les grandes occasions, justement pour qu’elle me porte chance. Ce qui n’est vraisemblablement pas le cas à l’heure actuelle. Cependant, mes yeux croisent ses billes océan et j’ai le sentiment de me retrouver sur une plage de sable blanc, le soleil réchauffant mon corps à l’aide de ses rayons.
Oh... Ce qu’il est canon... Non, reprends-toi Erika, tu es encore par terre, la jupe retroussée !
Alec me tend la main pour m’aider à me redresser et je l’accepte sans réfléchir. Nos peaux entrent en contact et j’en ai le souffle coupé, le sang filant à toute vitesse dans mes veines.
- Hum, merci, dis-je. J’avais perdu mon stylo.
Je le secoue devant moi pour me justifier avant de redescendre discrètement ma jupe sur mes cuisses puis mes genoux. Il arque un sourcil, affichant un demi-sourire sceptique, comme s’il doutait de ma sincérité et pensait que j’avais ourdi tout cela uniquement pour lui.
- Vous êtes la journaliste Émilie Taylor ? fait-il en engageant la conversation.
- Non, pas exactement. Il y a eu un petit changement. J’espère que vous n’annulerez pas l’interview à cause de cela.
Il secoue la tête, ses cheveux d’or suivant le mouvement avec une grâce toute féline. Oh bon sang, je vais craquer !
- Non, mais vous êtes ?
- Oh, excusez-moi, je manque à toutes les politesses. Je suis un peu nerveuse à vrai dire. Je suis Erika Brown.
- Ce n’est pas un nom très reconnu.
Il semble déçu et je rougis.
- Je débute, c’est pour cela.
Alec fronce des sourcils, mais prend une chaise et s’assied face à moi. Je recule et m’installe à mon tour. Je suis un peu gênée et n’ose plus le regarder dans les yeux. Un long silence s’installe et je vois l’homme tapoter du pied le sol, signe d’énervement.
- Vous êtes prêt ? Je demande.
- Allez-y, posez vos questions Mademoiselle Brown.
Sa voix est tel le velours qui glisse sur ma peau, j’en frissonne presque d’extase. Je mets en route le dictaphone et je reporte mon attention sur la liste, récapitulant son parcours jusqu’à ce jour. Il acquiesce d’un signe de tête et je débute alors avec une question plutôt banale. Elle permet de mettre en confiance et de laisser le sujet léger pour l’instant.
- Avez-vous toujours voulu être acteur ?
- Cela ne faisait pas partie de mes projets d’avenir pour être honnête.
- Quels étaient-ils ?
- J’étais costumier. Je venais souvent sur les plateaux et c’est là que le réalisateur pour un grand film d’époque m’a repéré. Il m’a proposé de rejoindre le casting des “Messagers du Roi”. J’ai passé l’audition et j’ai réussi haut la main à obtenir le rôle d’Edward, un des messagers.
- Vous êtes passé d’un second rôle sur un film historique, à la tête d’affiche d’une série fantastique à la renommée mondiale ! Qu’est-ce qui a suscité votre intérêt ?
- Le caractère du personnage.
Je le fixe, attentive à sa réponse. Toutefois, il n’argumente pas davantage. Alors je l’invite à développer.
- Qu’est-ce qui vous a plu chez Bélial ?
- Tout d’abord, son charme naturel. Dès qu’il entre dans une pièce, toute l’attention est portée sur lui. Ensuite, j’aime son côté idéaliste. Malgré son statut de démon, il s’affranchit de tous les préjugés et rien ni personne n’a le pouvoir de le contredire. Ou bien, si elle tente, elle est vite renvoyée là d’où elle vient.
Sa réponse est si merveilleuse que j’ai les étoiles pleins les yeux. Je reste un petit moment bouche bée alors qu’un sourire narquois se dessine le long de ses lèvres charnues.
- Comment abordez-vous l’apprentissage de votre sexe...
Je cligne des yeux avant de rougir comme une adolescente sur ce lapsus.
Non ! Non ! Non ! Je n’ai pas pu dire ça ! Mais quelle bécasse !